FABRICATION DE COMPOST • Technival en quête d’innovation
Mercredi 1er juin 2016

160601 Technival (232x155)

Un terrain de deux hectares loué à la Direction des Affaires Foncières à l’entrée de Afaahiti et une plateforme dimensionnée pour composter la moitié des 200 000 m3 de déchets verts potentiellement produits sur l’île de Tahiti. La société Technival, dont les élus de Taiarapu-Est ont récemment visité les installations, ne s’étend pourtant que sur 11 000 m2, suffisants pour prendre en charge les 75 000 m3 de déchets verts en provenance de Papeete, Pirae, Arue, et, depuis peu, Punaauia.
Le traitement et le recyclage des déchets verts, par la fabrication de compost, génère valeur ajoutée et développement économique. Technival emploie 14 personnes sur la seule activité du compost dont les ventes ont été multipliées par 10 depuis 2001. Le produit phare, l’Organic compost, 100% naturel et 100% déchets verts, représente 60% des ventes ; les espaces verts sur le front de mer ou le long de la RDO en utilisent notamment. De leur côté, “Terrosol” et sa variante à consonance polynésienne “Hotu”, contiennent 50% de compost local et 50% de matières importées, dont la tourbe de Lettonie, la pierre ponce de Nouvelle-Zélande et des micro-billes d’engrais chimique à effet retardant. A 990 Fcfp le sac, prix public recommandé, “Terrosol” concurrence directement le compost importé, généralement vendu 1 400 francs.
Sous le hangar où est conditionné le compost, Jean-Paul Peillex, le directeur général de Technival, détaille comment, sous l’action de microorganismes (levures, champignons, bactéries...) et grâce à un bon contrôle de la température et de l’humidité, les déchets verts broyés, régulièrement retournés, fermentent pendant les trois premiers mois puis entrent en phase de maturation, là encore pendant trois mois. Une dernière phase que Jean-Paul Peillex, qualifie de primordiale. “En se stabilisant en azote et en carbone, le produit mûrit, noircit, et permet d’aboutir à un bon compost.” Un compost séché en extérieur de manière à ce que sa teneur en humidité soit suffisante pour le tamiser. “Une semaine de pluie, c’est 15 jours de retard dans la production !”, prévient-t-il aussitôt au côté de deux de ses collaborateurs Mazarin Negrobar, responsable d’exploitation compostage, et Jade Geskis responsable qualité hygiène sécurité et environnement. D’où l’objectif de produire entre les mois d’avril et d’octobre une réserve de 5 000 m3 de compost, placés ensuite sous bâche ou à l’intérieur du hangar.
Soucieux d’éviter les nuisances olfactives, Technival a instauré plusieurs dispositifs. Des rampes « anti-odeur », tout d’abord, permettent de pulvériser un produit qui inhibe la dégradation bactérienne et qui n’est toxique ni pour l’homme, ni pour la faune, pas davantage pour la flore, les animaux et l’environnement.
Autre nouveauté, la mise en service d’un réseau d’aération des tas de compost par des ventilateurs puissants qui aspirent l’air à travers le compost puis le rejettent dans un biofiltre (constitué d’un mélange de bourre de coco, de broyats de bois et de copeaux) qui va détruire biologiquement les odeurs avant le rejet de l’air. Ces tas de compost sont recouverts de bâches respirantes, qui laissent passer l’air mais qui sont étanches à l’eau.
Les eaux usées du site sont par ailleurs traitées dans une station d’épuration à biodisques puis rejetées dans un bassin de stockage de 500 m3, configuré pour absorber une crue décennale et qui fait aussi office de station de finition. Les eaux y sont récupérées et les jacinthes, qui dégradent la matière organique, témoignent de la non-toxicité du lixiviat.
Enfin, Technival a mis en place un réseau de sentinelles : sous la forme du volontariat, des personnes, habitant à proximité ou dans l’axe du site, s’engagent à informer, en temps réel, la personne d’astreinte de toute nuisance olfactive. Son correspondant se rend alors sur place pour constater la gêne et vérifier si elle émane bien de la plateforme de compostage. Jean-Paul Peillex a ainsi proposé à deux élus, Titaua Vivish et Robert Dufour, qui s’était quelques jours auparavant ému d’odeurs nauséabondes, d’intégrer ce réseau de sentinelles.
Technival ne manque pas d’ambition, comme en témoignent les nombreuses recherches agronomiques menées de longue date tant avec le service du développement rural (SDR), que dans le cadre du programme DADP (développement d’une agriculture durable dans le Pacifique), ou encore avec les centres de jeunes adolescents (CJA) et des agriculteurs, maraichers ou arboriculteurs de Tahiti et des îles. Ces différents essais montrent sans ambigüité l’intérêt du compost pour le maintien de la fertilité des sols et des rendements des cultures. Ainsi, de multiples expériences ont mis en exergue des rendements bien plus importants avec le compost qu’avec les engrais chimiques, et un bilan écologie positif sans aucune mesure par apport aux engrais chimiques. Le compost a donc naturellement trouvé sa place sur le marché car il apporte au sol et à la plante les éléments fertilisants qui permettent de garantir une bonne croissance. Il maintient la vie biologique du sol, amène la matière organique nécessaire à une bonne rétention de l’eau d’arrosage.
Les perspectives d’une diversification du compost se multiplient, à l’image de l’unité de transformation, acquise l’an dernier pour un montant de 80 millions de Fcfp. Le cœur de cette unité de transformation : une grande machine entièrement fermée appelée « Ecodigesteur », qui peut recevoir 2 tonnes par jour de déchets organiques de toutes natures (produits alimentaires avariés, produits périmés, résidus d’élevage…) En 24 heures, à une température oscillant entre 60 et 80 degrés, la matière est broyée puis quasiment totalement digérée, le résidu extrait de la machine représente 10% du tonnage entrant et trouvera son débouché dans un engrais organique à très haute valeur ajoutée qui remplacera progressivement les engrais chimiques importés.