Une commune au riche passé archéologique

Culture 03La commune de Taiarapu-Est a bénéficié d’un intérêt particulier des chercheurs depuis de nombreuses années. Ces recherches ont conduit à la découverte de multiples sites importants répartis sur les quatre communes associées. Mais celle dont le patrimoine archéologique, historique et légendaire est le plus important est la commune associée de Tautira.

On doit les premières recherches de terrains effectuées sur la presqu’île à K. P. Emory, qui se basait sur le travail de E.S.C. Handy. Celui-ci, dans son grand inventaire de la Polynésie française de 1925, s’est intéressé plus particulièrement aux communes de Pueu, Tautira et Me’etia pour ce qui est de Taiarapu-Est.

G. Lidin et Y. Malardé, dans les années 30 ont également décrit quelques structures qu’ils avaient pu découvrir dans la vallée de la “Vaiote” et de l’“Aiurua”.

J. Garanger, lui, a poursuivi l’étude de la presqu’île en se consacrant à partir de 1964 au district de Tautira. Il s’est particulièrement intéressé à trois vallées de ce district : la vallée de la “Vaitepiha” en 1963-1964, la vallée d’“Aiurua” en 1971 et la vallée de la “Vaiote” en 1973-1974, dont il laisse l’inventaire le plus complet, encore utilisé à ce jour.

L’archéologue C. Cristino s’est occupé en 1988 de la vallée de l’“Aiurua”. Il a prospecté et a restauré les marae de “Vainaue”, “Amana”, “Rahi” et “Temaoaeroa”, ainsi que sur Faaone.

Ces reliquats de civilisations anciennes se sont mieux conservés dans cette partie de l’île qu’ailleurs en raison, premièrement, des conditions naturelles, deuxièmement, de l’abandon de celles-ci à l’arrivée des premiers Européens. Ainsi isolés, les sites se sont trouvés préservés de l’activité du monde contemporain. Le recensement des marae est rendu plus facile par leurs vestiges construits dans des matériaux non-périssables, ils ont été mieux préservés que l’habitat, de façon générale.

La densité de l’habitat à l’intérieur de la presqu’île de Taiarapu était très forte. Ceci semble infirmer l’hypothèse souvent avancée que l’intérieur de Tahiti n’était que sporadiquement et momentanément occupé lorsque des troubles éclataient dans la région côtière.

Les différentes recherches de J. Garanger sur la presqu’île de Tahiti ont confirmé que ces vallées étaient par le passé très occupées et reflétaient l’organisation sociale de la société tahitienne avant l’arrivée des Européens. Les cycles d’occupation se sont succédé aux rythmes des aléas climatiques et naturels : inondations, éboulements de terrain. A partir de ces observations, il est impossible de soutenir l’hypothèse seule que ces vallées servaient uniquement de refuge à la population. Ce sont des entités qui fonctionnaient sur une longue période par les nombreux échanges existant entre les populations de l’intérieur et celles de la côte.

L’habitat y est organisé en essaim. Les structures sont adaptées à la morphologie des escarpements rocheux de la vallée. D’importants travaux de terrassement y sont accomplis afin de développer des zones d’occupation (système de terrassement). Ces terrasses sont pavées pour servir à l’habitat ou simplement délimitées par des pierres sur chant, peut-être à des fins agricoles. Il est apparu dans la vallée de l’“Aiurua” que des travaux ont été pratiqués afin de canaliser le cours de la rivière. Il est possible que cet habitat structuré par le relief, ait été délimité par des structures religieuses. J. Garanger pense en effet que les marae pouvaient servir de frontières entre les différents groupes d’habitats.

L’isthme de Taravao, appartenant au district d’Afaahiti, était un terrain neutre. On l’appelle d’ailleurs “Tarava nui ari’i ore” qui signifie “Grand Taravao sans roi” où se livrait fréquemment de sanglantes batailles. Le fort de Taravao est un site classé. Il a été reconstruit en pierres dès 1847 après les attaques franco-tahitiennes du 21 mars 1844. Il sert depuis 1963 de camp d’entraînement au RIMAp-P.

K.P. Emory a relevé un marae situé d’après lui à 270 mètres à l’intérieur du village de Taravao, accolé à la colline. A ce marae est rattachée une terrasse de faible hauteur, elle-même à côté d’un enclos. A environ 30 mètres du marae, on trouve une terrasse de 4,5 m par 6,6 m où une pierre dressée est présente. Des morceaux de corail sont éparpillés sur toute sa surface. Jouxtant la terrasse se trouve une zone rectangulaire de 1,80 mètres de haut où il y aperçut une rangée de pierres enfouies au bord de celle-ci. Il pourrait s’agir d’un habitat.

En janvier 1946, sur la propriété Bordes, dans la vallée de la “Rarouri”, des travaux hydrauliques ont mis à jour cinq fours tahitiens de différentes grandeurs, entourés d’ossements humains représentant 7 ou 8 squelettes dont celui d’un enfant. Mais deux des fours furent détruits par les ouvriers et les ossements ré-enterrés.

Culture 01Le district de Pueu se serait appelé autrefois “Hui”. Il ferait référence à un des enfants de “Teva” qui aurait donné son nom à ce lieu. Pueu ne bénéficiait pas de la part des Tahitiens d’une bonne réputation, la population de ce district était considérée comme inconnue et secrète. A Pueu, on a recensé dix-sept marae dont onze sur le site d’“Ahavini”, au moins deux paepae, des murs, un lieu légendaire.

Dans la vallée de la “Vaiteremu”, se trouve le complexe archéologique du clan “Ahavini”, sur la rive droite, à environ 2,5 kilomètres de la route de ceinture, sur une grande terrasse coupée lors des pluies par la rivière “Faaiti”. Cet ensemble est divisé en trois sections.

La section A est délimitée à l’est par une grande falaise couverte d’une végétation dense, à l’ouest par la rivière “Vaiteremu” et au sud par la “Faaiti”. Les structures présentes dans cette section sont des murs de soutènement, des murs de limitation de terre, des paepae, des terrasses, des pavages, un four, un habitat et un marae.

La section B se situe au contact de la rivière “Faaiti”. La pente est très ravinée. Les pluies et les coulées de boues endommagent régulièrement les structures. Ces dernières y sont moins diversifiées que dans les autres sections : il s’agit pour l’essentiel de terrasses et de murs de soutènement. Des relevés ont été dressés mais aucune photographie ni description n’y ont été faites.

La section C, localisée au sud de la section A, regroupe une grande concentration de marae (sept au total), des traces de structures d’habitat et du matériel lithique.

Les informations concernant les sites archéologiques de Tautira portent essentiellement sur les monuments religieux. Maximo Rodriguez évoque plusieurs marae aux environs de la mission espagnole : le marae “Vai-otaha”.

En 1925, K.P. Emory a pu étudier ce qui restait du marae de “Vaiotaha” mais il ne restait plus rien des autres marae. Le marae de “Vaiotaha” était dans le village même de Tautira Ce marae n’offrait plus que des amas de corail et pierres basaltiques.

La vallée de la “Vaitepiha”, au début du village de Tautira, est dotée de nombreux sites archéologiques. Les différents types de structures qui s’y rencontrent se répartissent en terrasses de cultures et d’habitations, des pavages, des alignements, des fosses, des marae, des paepae, des traces d’habitats, des murs de limitation et de soutènement, une grotte sépulcrale et des pétroglyphes.

La vallée de l’“Aiurua” fut prospectée par J. Garanger en 1971. Une autre mission fut programmée en avril 1988 lorsque la vallée de l’“Aiurua” fut achetée par une société privée, dirigée par C. Cristino. Au cours de cette prospection, de nouvelles structures se sont ajoutées à l’inventaire de J. Garanger. La basse vallée ne montre que peu de sites à cause du terrassement de ces terrains l’année précédant la prospection de J. Garanger, occasionnant la destruction des vestiges de surface, qu’il avait pu observer. Ces vestiges de surface ont été détruits mais des structures plus ou moins partielles ont été retrouvées et confirmées par C. Cristino : des pavages, des marae, des enclos quadrangulaires, des paepae, des cistes, des terrasses, des terrasses d’habitation…

La moyenne vallée présente des ensembles cérémoniels composés d’un marae principal et d’un marae annexe, avec des structures d’habitations, des alignements, des murs de soutènement. Le site TTA 01 est un marae situé à 950 m du rivage, sur la rive droite de la rivière. Il comprend une plate-forme principale, une plate-forme secondaire et un soubassement d’habitat.

Non loin de l’embouchure de la “Vaiote”, le capitaine Lidin a découvert des pétroglyphes à 40 m du bord de mer qui ont été inventoriés par K.P. Emory. Ils représentent des masques de deuilleurs. Tout autour de ces derniers, G. Lidin a repéré ce qu’il suggère être “un tombeau de chef, des marae et une maison de prêtre”, des soubassements de pierres faisant penser à des habitations et une grotte dite “grotte du dieu requin” contenant des ossements humains. C’est à 70 mètres que l’on trouve les vestiges d’un habitat aux extrémités arrondies, dont les dimensions pourraient être celles d’un fare pote’e. Au nord et au sud de cet habitat, il subsiste deux autres plus petits. Une large allée pavée semble mener à la maison principale et jusqu’à la mer : J. Garanger émet l’hypothèse qu’il s’agirait d’un pavage destiné à faciliter le transport des pirogues de la terre vers l’océan et inversement. En 1934, G. Lidin mentionne également la présence de deux grands pavages sur lesquels se seraient élevés deux abris pour pirogues et la maison d’un chef.

Le motu “Fenuaino” a été prospecté en même temps que la “Vaiote” par J. Garanger où il découvrit dans un premier temps une parure en nacre faisant partie d’un masque de deuilleur. Plus tard, fut trouvée au centre ouest du motu une structure très bouleversée par la houle et les raz-de- marée. Il ne subsiste de l’“ahu” qu’une partie du soubassement, un amas de matériaux coralliens et de pierres basaltiques. Ces pierres seraient les restes d’un parement externe d’un marae de type côtier. Cet “ahu” est notable par la taille de certaines de ses dalles qui mesurent jusqu’à 1,14 mètres de haut. A ce marae sont associées deux structures que J. Garanger a identifiées comme des soubassements d’habitation.

La vallée de la “Vaita” se situe à 15 km après le village de Tautira, dans le “Te Pari”. Cette vallée est rarement accessible par la mer et aussi difficilement par la terre. Un marae est visible du rivage. Il y en a deux ou trois autres en remontant la rivière. Des murs, des habitations, des pavages et des plate-formes s’étendent sur 45 mètres du rivage jusqu’au marae. A un peu plus de 1,5 kilomètres de ces structures, se trouve un autre marae dont les restes couvrent 7500 m2.

L’île de Me’etia est associée à la commune de Tautira. Elle a été prospectée par P. Vérin (1962 : 167 - 170) et K. P. Emory (1932 ; 1933). On y a recensé quinze sites dont huit marae, une borne de limite, des paepae, des terrasses de culture et d’habitat, un temple mormon et un cimetière.

Culture 02La commune associée de Faaone s’étend de l’agglomération de Taravao jusqu’à Hitiaa. Dans la vallée de la “Papeiha”, ont été reconnues plusieurs structures archéologiques dont un marae, des pavages et plusieurs alignements de pierres (terrasses, murs de soutènement, restes d’habitation ? …)

A 320 mètres de la mer, l’emprise du marae “ari’i Hitiaa”. Trois structures rectangulaires sont situées au sud de ce marae. Deux structures rectangulaires ont été repérées à quelques mètres du marae “ari’i Hitiaa”, en très mauvais état de conservation. La première mesure approximativement 7 mètres par 6 mètres et est délimitée par une bordure de pierres basaltiques. Les dimensions de la deuxième structure, très perturbées, ont été estimées à 9 mètres par 4,50 mètres. On peut apercevoir les restes d’un pavage et d’un polissoir placés au centre d’un enclos.

A la confluence des rivières “Manenu” et “Papeiha”, la plaine alluviale présente une grande densité de structures archéologiques dont principalement des terrasses agricoles, des paepae et plusieurs soubassements de maisons.

Sur la terre “Paepae”, localisée sur la rive droite de la rivière jusqu’au pied de la montagne formant à cet endroit une falaise abrupte et entourée d’une végétation dense, quatre structures ont été repérées : deux marae, un ensemble de treize terrasses, des vestiges d’un mur de soutènement.

Dans une vallée latérale où coule par intermittence la rivière “Mahu-ahu”, trois sites se répartissent en terrasses, en murs de soutènement, en paepae, en marae, en zones d’habitat…

Notons également la présence de nombreuses structures dans les vallées de la “Vaiha”, de la “Vaihi” à Faaone. Des grottes sépulcrales ont été relevées en 1980 par le centre polynésien des sciences humaines. A l’époque, sept cercueils, assez récents, étaient dans une des grottes (cinq adultes et deux enfants). Aucun ne comprenait de blocs cranio-faciaux, seulement des mandibules. Dans l’un des cercueils, les os étaient précautionneusement placés dans un tissu bleu avec quelques mèches de cheveux. Dans la deuxième grotte sépulcrale, trois autres cercueils ont été retrouvés, là également les crânes ont disparu.

Toutes les sites évoqués dans cet article ne sont que quelques exemples de l’intérêt culturel, archéologique et historique de la commune de Taiarapu-Est.

Aude Vidon-Gerlier